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Le combat d'une mère pour sauver sa fille prisonnière d'une secte
LE GOUROU DEMASQUE : L. RON HUBBARD (Chapitre 22 : Disparu, supposé décédé) – Récit tiré du livre de Gerry Armstrong.
"Disons que 99 pour 100 de ce que mon père a écrit sur sa propre vie est faux". (Ron DeWolfe, anciennement L Ron Hubbard Junior, mai 1982).
Pendant près de six ans, nul ne sut où se cachait Ron Hubbard ni même s'il était encore en vie. Aucun des journalistes ni des agents fédéraux lancés à ses trousses ne découvrit jamais le moindre indice. Épouse fidèle et dévouée depuis plus de vingt-cinq ans, Mary Sue ignorait elle-même ce qu'était devenu son mari, leurs enfants n'en savaient pas davantage. Le Commodore semblait bel et bien s'être évanoui. Après son départ de Hemet, une équipe enleva ses papiers et effets personnels avant de nettoyer l'appartement à l'alcool pour en effacer les empreintes digitales.
Tout y passa, murs, poignées de
portes, fenêtres, miroirs. Sur ordre exprès d'Hubbard, Pat Broeker était revenu
superviser l'opération. Toujours selon les instructions du Commodore, Broeker
dirigea ensuite une réorganisation complète de l'Église de scientologie, dans
le double dessein d'abriter Hubbard de ses responsabilités légales et d'assurer
que ses revenus versés par l'Église environ un million de dollars par semaine à
l' époque lui parviennent sans laisser de traces. Broeker était secondé dans
cette tâche par son ami David Miscavige, Messager de dix-neuf ans ambitieux et
sans scrupules, qui avait appris les techniques du management de la bouche même
du Commodore lorsqu'il était cameraman de
Sa mince silhouette ne tarda pas à
faire régner la terreur, tant à Gilman Hot Springs qu'à Los Angeles où la
Scientologie venait d'acheter l'ancien hôpital des Cèdres pour y transférer son
siège. Cette restructuration, assortie d'une purge digne de la meilleure
tradition stalinienne, élimina de nombreux vétérans qui ne pouvaient même pas
en appeler à Hubbard dont les Messagers contrôlaient toutes les communications.
On disait que Miscavige et les Broeker étaient les seuls à connaître la
retraite d'Hubbard; le personnel de Gilman Hot Springs estimait toutefois
qu'elle ne devait pas être très éloignée, car Pat Broeker mettait rarement plus
de quatre ou cinq heures pour faire l'aller et retour. Tout le temps que
durèrent ces bouleversements, nul ne savait avec certitude si les ordres
émanaient d'Hubbard ou si, en réalité, il avait définitivement transmis ses
pouvoirs aux Messagers. Les quelques intimes auxquels il lui arrivait d'écrire
ne décelaient dans ses lettres aucun signe qu'il fût occupé à jongler avec la
lourde et complexe structure de la Scientologie : "Je m'ennuie ",
écrivait-il à Doreen Smith en Juin 1980. Il va bientôt falloir que je trouve
quelque chose d'intéressant à faire pour m'occuper. David Mayo, qui reçut lui
aussi plusieurs lettres d'Hubbard, s'inquiétait sérieusement de son état mental
:"Dans le premier paragraphe d'une lettre, il disait à peu près "
Vous croyez peut-être que je suis devenu fou mais je vais toujours bien,
croyez-moi " et la suite était complètement démente. Il accusait les
psychiatres d'être la cause de tous les maux depuis le commencement du monde,
et pas seulement sur cette planète... En lisant cela, je me disais, grand Dieu,
il est vraiment devenu complètement fou .En Mai 1981, au plus fort de la purge
grâce à laquelle les Messagers consolidaient leur pouvoir, Miscavige décida de
chasser Mary Sue de son poste de contrôleur. Il commença par la déstabiliser en
répandant le bruit qu'Hubbard voulait se débarrasser d'elle Il passa ensuite à
l' attaque frontale en lui déclarant qu'elle était un handicap pour l'Église,
qu'elle était sûre de perdre son appel et d'aller en prison et que, pour la
réputation de l'Église, il fallait
Quant aux scientologues qui commençaient à la même époque à purger leurs peines de prison, ils eurent sans doute assez de loisirs dans leurs cellules pour se repaître de la dernière production de leur fondateur vénéré.
De leur côté, les avocats de Mary
Sue avaient soumis à
A l'âge de cinquante et un ans,
Mary Sue dut se présenter le lendemain au pénitentiaire fédéral de Lexington,
Kentucky, pour y purger sa peine de quatre ans de réclusion. Pendant ce temps,
son beau-fils Nibs saisissait le tribunal de Rivers ide, en Californie, d'une
requête de mise en curatelle des biens de son père, "décédé ou mentalement
incompétent", qu'il estimait à cent millions de dollars, chiffre dénotant
à quel point nul ne se doutait de la réalité : au cours de la seule année 1982,
selon le magazine Forbes, le Commodore aurait encaissé de l'église de scientologie
et de ses filiales plus de quarante millions de dollars! Ron DeWolfe accusait
en outre les dirigeants de l'église de piller Hubbard et de lui voler des
millions de dollars en pierres précieuses et en argent liquide. Les avocats de
Mary Sue contre-attaquèrent aussitôt en accusant Nibs de vouloir s'approprier
indûment la fortune paternelle. Cette escarmouche judiciaire ne manqua pas de
soulever dans les médias une vague de rumeurs sur le sort du fondateur de la
Scientologie, rumeurs auxquelles l'Église se hâta de mettre fin en exhibant une
déclaration signée par le Commodore et authentifiée par ses empreintes
digitales sur chaque page. Hubbard traitait son fils de menteur et ajoutait :
"Je ne considère pas Ron DeWolfe comme un membre de ma famille. S'il est
biologiquement mon fils, son hostilité envers moi est évidente depuis des
années. Je n'ai pas disparu, j'ai décidé de vivre dans
En juin 1983, il réserva au magazine Penthouse des révélations encore plus fracassantes : Hubbard pratiquait la magie noire depuis l'âge de seize ans et se prenait pour Satan; il ne cherchait qu'à devenir l'homme le plus puissant du monde; il se livrait au trafic de l'or et de la drogue; il était agent du KGB et avait acheté Saint Hill Manor avec de l' argent soviétique. "La magie noire est au coeur de la Scientologie, affirmait-il, c'en est d'ailleurs la seule partie efficace. ".
Comme son père, Nibs manquait de
subtilité. Avec un peu de modération, son interview aurait été prise au sérieux
au lieu d'inciter les lecteurs à se demander lequel, du père ou du fils
Hubbard, était le plus dérangé. En Novembre 1983, une lettre de Ron fut
distribuée à tous les scientologues dans le monde. Hubbard s'y déclarait
enchanté de la manière dont l'Église était dirigée et enfin débarrassée de ses
problèmes judiciaires... Il annonçait avoir travaillé depuis deux ans à des
recherches qui devaient "ouvrir le ciel jusqu'à des altitudes encore
insoupçonnées " et concluait en disant que l'avenir s'annonçait radieux.
Il ne prit toutefois pas la peine de faire allusion à la manière dont Mary Sue
appréciait sa cellule au pénitentiaire fédéral de Lexington; il ne parlait pas
davantage de la bombe à retardement qui menaçait l'Église, sous la forme d'un
jeune biographe archiviste désenchanté du nom de Gerry Armstrong qui avait
" déserté " en emportant des milliers de documents contenant la
preuve irréfutable que le fondateur de la Scientologie était un menteur
pathologique et un charlatan. Les avocats, qui tentaient depuis plusieurs mois
de forcer Armstrong à les restituer, pensaient avoir gagné une manche en
obtenant qu'ils soient placés sous scellés En Mai
Au cours de ce procès, certains
témoins ont utilisé pour le décrire les mots de "génie ", de
"personne vénérée"... Il possède à l'évidence une personnalité
complexe, dont la complexité même se reflète dans l'Église de scientologie, sa
création... Il a choisi de vivre dans une retraite... qui serait estimable si
elle ne servait qu'à l' abriter de ses responsabilités tout en ajoutant à sa
mystique. Le juge se tourna ensuite vers Mary Sue, bénéficiaire d'une
libération anticipée au bout d'un an de prison et citée comme témoin : "
D'un côté, son cas inspire la compassion... chassée de ses fonctions,
abandonnée par son mari, condamnée, incarcérée... D'un autre, on ne peut croire
à sa sincérité... quand elle adopte l'attitude trop commode de celle qui ne
voit, n'entend et ne sait rien. L'Eglise de scientologie fit immédiatement
appel de la décision afin de laisser les documents sous scellés et hors de
portée, pour un temps du moins, des journalistes qui attendaient avec
impatience leur divulgation. Trois semaines plus tard, un juge londonien
renchérissait en qualifiant la Scientologie d' "immorale, socialement
odieuse, corrompue et néfaste" et en assimilant le comportement d'Hubbard
et de ses acolytes aux " divagations et aux exactions d'Hitler et de ses
séides ". Justice Latey avait à juger d'un litige opposant un scientologue
pratiquant à sa femme, qui avait quitté la secte, pour la garde de leur enfant.
En confiant la garde de l'enfant à la mère, le juge ne mâcha pas ses mots pour
dire ce qu'il pensait de la Scientologie : "Elle est corrompue parce que
fondée sur le mensonge et la tromperie et que son réel objectif se borne à
procurer argent et pouvoir à M. Hubbard, sa femme et le sommet de
Fidèles aux enseignements de Ron
Hubbard, les scientologues dans leur quasi unanimité estimèrent que de telles
attaques étaient orchestrées par leurs ennemis En 1985, quand
La bourgade de Creston, 270 habitants, chevauche une route poussiéreuse à trente kilomètres au nord de San Luis Obispo en Californie. Dans la grand rue, déserte la plupart du temps, on trouve un restaurant, une agence immobilière, un bureau de poste flanqué de deux cabines téléphoniques et une bâtisse de bois dont l'enseigne à demi effacée proclame qu'il s'agit du Long Branch General Store. Les jardins des modestes maisonnettes alentour s' ornent en général de carcasses de voitures rongées de rouille, de chevaux dévorés de mouches et d'antennes paraboliques de télévision émergeant des mauvaises herbes. Pour compléter le tableau, il suffit de savoir qu' O'Donovan Road, parallèle à la grand-rue, s'enorgueillit d'une minuscule bibliothèque, d'une école, d'un temple et de la salle de réunions du club féminin, devant laquelle un panneau d'affichage offre à la convoitise d'hypothétiques acheteurs un cheval, une camionnette plateau et une berline Chevrolet, toutes deux de 1969 et nécessitant "quelques travaux " . A l'évidence, les bonnes gens de Creston ne semblent pas partager encore les fruits et l' opulence que la Californie déploie ailleurs avec ostentation.
Le voyageur qui poursuivrait son
chemin sur O'Donovan Road verrait cependant s' épanouir la nature sous les
bienfaits de l'argent : vertes collines ourlées de barrières blanches,
pimpantes demeures sises à l'écart de la route au milieu de vastes pelouses
parsemées de pâquerettes et plantées de chênes noueux. A six kilomètres de
l'agglomération, sur la droite, un chemin privé serpentant à travers les
collines longe d'abord le Whispering Winds Ranch, dont la tradition locale
affirme qu'il appartenait naguère à l'acteur Robert Mitchum. Quatre cents
mètres plus loin, près de la grille du ranch, le chemin bifurque vers la gauche
pour aboutir plus haut au Camp Emmanuel, Retraite oecuménique. Tout l'endroit
donne l'impression d'un paisible petit paradis à l'écart du monde - mieux,
d'une cachette idéale. Au cours de l'été 1983, le ranch avait été acheté par un jeune ménage se présentant sous le nom de Lisa et Mike Mitchell dont l'accent, selon l'agent immobilier de San Luis Obispo ayant conclu la transaction, indiquait qu'ils étaient de New York. Mitchell était entré à l'agence en disant qu'il cherchait un vaste ranch isolé afin d'y monter un élevage de chiens japonais et l'agent lui avait fait visiter Whispering Winds, alors en vente pour 700 000 dollars.
Mitchell avait examiné les lieux avec le plus grand soin et même pris la peine de monter sous le toit, dont l'isolation le fit d'abord hésiter : "Il faudra que je la change,expliqua t’il, ma femme est allergique à la laine de verre. Néanmoins, la propriété lui plut et il décida de l'acheter sans discuter. " Il venait, dit-il à l'agent, de toucher un héritage de plusieurs millions de dollars. Mitchell tint parole et régla comptant le prix demandé à l'aide de trente chèques de caisse tirés sur plusieurs banques californiennes. Les Mitchell s'installèrent peu après avec leur vieux père sans chercher à entrer en contact avec leurs voisins. Maxine Kuehl et Shirley Terry, directrices du Camp Emmanuel, échangeaient très rarement quelques mots avec eux. Robert Whaley, cadre commercial new-yorkais à la retraite qui habitait une petite maison non loin du ranch, ne les voyait lui aussi que de loin en loin. Il ne pouvait toutefois s'empêcher de remarquer ce qui se passait chez ses voisins et ce qu'il observait l'intriguait fortement.
Les Mitchell semblaient en effet
avoir plus d' argent que de sens commun. Ils firent restaurer de fond en comble
l'habitation, vaste demeure de deux étages, non pas une fois mais trois fois.
L'étang devant la maison fut recreusé et agrandi. Ils firent construire un
véritable champ de courses, avec gradins et tour d'observation pour les juges,
qui ne servit jamais. Ils firent poser des kilomètres de barrières blanches,
les unes suivant le contour de la propriété, les autres en ligne droite à travers
champs et pâturages une partie fut même démolie et refaite trois ou quatre fois
parce qu'elle n'était pas assez droite. Des pur-sang, des bisons, des lamas
firent leur apparition dans les pâtures, des cygnes et des oies sur l'étang,
mais de chiens japonais, nulle trace." J'étais effaré de voir ce qu'ils
engloutissaient dans cette propriété sans regarder à la dépense, se souvient
Whaley. Ils n' étaient pas liants mais nous nous disions deux mots de temps à
autre. Une fois,quand j'ai demandé à Mitchell qui s'occupait des travaux,il m'a
répondu que c'était son père, Jack, qui avait été ingénieur civil. Pendant les
travaux, Jack habitait une luxueuse caravane garée près de
Gros, les cheveux et la barbe blancs, il ressemblait de loin au Colonel Sanders, dont le visage souriant servait d'emblème à la fameuse chaîne de poulet frit. Une fois, Whaley s' enhardit à aller au ranch emprunter un outil de jardinage et trouva le vieux Jack en train de bricoler dans l' écurie. Visiblement mécontent, Jack le fusilla du regard et alla s'enfermer dans un atelier voisin sans lui dire un mot. Whaley ne s'en formalisa pas, sa carrière dans les magazines new-yorkais l' avait habitué aux excentriques. Avant la guerre, directeur commercial d'un groupe d'édition spécialisé dans la science-fiction, il avait même approché la plupart des auteurs célèbres. Rien cependant, dans la physionomie du vieil homme obèse à la barbe blanche, ne lui rappelait ses anciennes connaissances.
Il avait remarqué une autre
bizarrerie chez ses voisins : les rares visiteurs qu'ils recevaient venaient
toujours
Le matin du samedi 25 Janvier, le
téléphone sonnait déjà avec insistance quand Irène Reis, copropriétaire de A l'appui de sa demande, il présenta un certificat de décès signé d'un certain Dr Denk, de Los Angeles, attestant que la mort était due à une hémorragie cérébrale, ainsi qu'un certificat de croyance religieuse interdisant l'autopsie. Ce ne fut qu'en prenant connaissance de ces deux documents que Mrs Reis comprit que le cadavre qui reposait dans sa chapelle était celui de L. Ron Hubbard. Mrs Reis en savait assez sur son "client " pour vouloir avertir aussitôt le shérif coroner du comté de San Luis Obispo. Le coroner adjoint Don Hines arriva à la chapelle des Reis quelques instants plus tard. Nul ne s'étant douté jusqu' alors que Hubbard séjournait dans la région, Hines exigea que tout se déroule strictement selon les règles - ce n'était pas tous les jours qu'un "disparu " aussi célèbre reparaissait mort ou vif à San Luis Obispo. Hines déclara donc que l'incinération ne pourrait avoir lieu tant qu'un médecin accrédité n' aurait pas examiné le corps. Il donna également l'ordre de le photographier et de relever ses empreintes digitales afin d'authentifier l'identification (On saura plus tard que les empreintes correspondaient effectivement à celles figurant dans les dossiers d'Hubbard au FBI et au ministère de la Justice.)
A 15 h 30, la procédure normale ayant été respectée, Hines donna l'autorisation de procéder à l'incinération. Le lendemain, les cendres de L. Ron Hubbard allaient être dispersées dans le Pacifique du pont d'un petit bateau. Dans l'après-midi du lundi 27 janvier, mille huit cent scientologues hâtivement rassemblés au Hollywood Palladium apprirent la mort de leur bien-aimé fondateur. David Miscavige leur annonça que Ron s'était élevé à un nouveau niveau de recherche, inconcevable à l'imagination humaine et se situant en dehors de l'incarnation : "Le vendredi 24 janvier à 20 heures, L. Ron Hubbard a abandonné le corps dont il s'était servi pendant les soixante-quatorze ans, dix mois et onze jours de sa vie terrestre. Ce corps qui lui avait permis d'exister dans cet univers cessait de lui être utile et lui devenait même un handicap pour l'oeuvre qu'il doit désormais mener à bien. Mais l'être que nous connaissions sous le nom de L.Ron Hubbard existe toujours. Si ce départ vous cause peut-être de la peine, sachez qu'il ne peut la partager parce qu'il a simplement franchi un nouveau pas.
LRH a utilisé cette existence et
ce corps que nous avons connus pour accomplir ce qu'aucun homme n'avait encore
jamais accompli : il nous a révélé les mystères de la vie, il nous a donné les
outils nous permettant de nous libérer nous même et de libérer les hommes, nos
frères... A une conférence de presse du même jour, Miscavige annonça qu'Hubbard
avait fait la veille de sa mort un testament par lequel il léguait à l'Église
l'essentiel de sa fortune, "plusieurs dizaines de millions de dollars
", et prévu des "legs généreux en faveur de sa femme et de 'certains'
de ses enfants. " Nibs, bien entendu, n'eut pas un sou, non plus que sa
demi-soeur Alexis, la fille dont Hubbard avait renié
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