VAMPIRI - SECTES

Le combat d'une mère

pour sauver sa fille prisonnière d'une secte

 

 

PIECES A CONVICTION : DANGEROSITE DES SECTES.

LES MORTS CACHES DE LA SCIENTOLOGIE

 

Charlie Hebdo, 11 février 2004 par Antonio Fischetti

[Texte intégral]

 

André et Eric étaient scientologues. Tous deux sont morts à Copenhague, le siège européen de la secte. Le premier d'un cancer non soigné, le second de faim. Les faits remontent à 2002 mais personne n'en a jamais parlé. N'empêche que, pour les familles, la responsabilité de la secte ne fait aucun doute.

 

Quand on grimpe dans la hiérarchie scientologue, on se doit, à un moment ou un autre, d'aller à Copenhague. C'est la tête de pont de la Scientologie pour l'Europe et l'Afrique. Après quinze ans de Scientologie, André était arrivé à un grade important dans la secte. Il avait donc choisi d'habiter la capitale danoise. «La Scientologie, c'était toute sa vie. Il s'est ruiné pour elle, il a vendu tous ses biens ainsi que des terres de famille», rapporte le frère d'André. Et puis, un jour, André tombe malade. Cancer.

 

Évidemment, ce n'est pas la Scientologie qui a fourni les métastases. Mais ce qui est sûr, c'est que les délires de Ron Hubbard ont aggravé les choses. Car, pour les scientologues, il y a un remède miracle pour tout et n'importe quoi : on se «purifie» en se gavant de vitamines durant des heures dans un sauna, on se " soigne " par des sortes d'impositions de mains, et ainsi de suite... Dans cette logique, n'importe quelle charlatanerie vaudra mieux que les médicaments des médecins, qualifiés de «drogues».

 

À Copenhague, les scientologues ont leur clinique fétiche, appelée Humlegaarden. Une clinique «biologique» de traitement du cancer, où, pour 6 000 euros le séjour de trois semaines, on vous traite par décoctions de gui, cures de vitamines, et un tas de méthodes qui feraient bien rire dans un autre contexte, comme la «magnéto thérapie» ou la «chromothérapie». C'est là que la Scientologie envoie André.

 

Apprenant l'évolution de la situation, le frère d'André décide de partir pour Copenhague. Mais la clinique lui ferme d'abord la porte. À force d'insister, il finit par entrer. Et ce qu'il voit le sidère. «Je n'ai pas rencontré un seul infirmier, ni d'ailleurs personne en blouse blanche. J'ai trouvé mon frère sur un lit, couché et entubé. C'est tout ce qu'il avait comme signe de soins. En plus, les locaux étaient dans une propreté relative, il n'y avait rien de stérile». Par contre, aucun mur n'est épargné par la pub scientologue.

 

«Partout, des affiches, des posters et des livres de Ron Hubbard. Aussi bien dans le hall d'entrée que dans la chambre de mon frère».Quelques jours après cette visite, André meurt. Pour son frère, quels que soient les liens entre la clinique de Humlegaarden et la Scientologie, il ne fait aucun doute que cette dernière est responsable de l'absence de soins prodigués à André, et donc de sa mort.

 

A trente-cinq ans, Éric est scientologue depuis onze ans. Lui aussi a été amené à rejoindre l'«élite» de Copenhague. Mais, à l'inverse d'André, Eric n'a plus de quoi payer ses cours. Alors, il travaille pour la secte.Chaque semaine, l'organisation exige soixante heures de travail, en plus de la quinzaine d'heures de «formation» obligatoires. Ce régime finit par miner Éric, qui se confie à sa mère : «Je travaille pour 100 couronnes par semaine [environ 15 euros], même parfois pour rien. Ils se moquent des gens». Mais aucune rébellion n'étant admise, Éric est envoyé en «RPF», le programme de rééducation de la secte (voir encadré).

 

Au bout du compte, Eric décide fuir l'engrenage. L'ennui, c'est qu'il a signé un contrat pour un milliard d'années. Oui, un milliard ! En effet, comme les scientologues croient en la réincarnation, la durée de leur contrat dépasse largement celle d'une vie humaine. Autrement dit, même si vous devenez cloporte dans une vie future, vous restez un cloporte scientologue.

 

Éric finit quand même par se barrer, mais à condition de payer la «dette de déserteur», censée rembourser la «formation» reçue. Une addition qui se monte à 2'500 euros. Le problème, c'est qu'Éric n'a pas de revenus, hormis les 700 euros d'aide sociale que l'État danois lui file chaque mois. Là-dessus, 130 partent à la Scientologie. Si bien qu'après avoir payé son loyer Éric n'a même plus de quoi se nourrir. De plus, comme il est imprégné de l'idée qu'il a besoin d'être «purifié», il se met à suivre des cours de «nettoyage intestinal» dans une «école de méditation». Ce qui l'amène à s'alimenter d'ail, de citron... et rien d'autre.

 

Ainsi, de jour en jour, il s'affaiblit.Finalement, ses voisins retrouvent un corps éteint sur le carrelage de sa cuisine. Éric pèse alors 45 kg. Pour Cyril Malka, psychanalyste spécialisé sur les sectes au Danemark, la responsabilité de la Scientologie ne fait aucun doute : «Il ne mangeait pas car il était ruiné par la Scientologie. S'il avait eu suffisamment d'argent, il aurait mangé à sa faim».

 

Avec la manipulation mentale, il y a bien des façons de mourir. Ça peut être en groupe, à la manière de la secte japonaise Aum ou de l'ordre du Temple solaire. Ou, plus discrètement, au cas par cas. Sur ce terrain, la Scientologie se défend bien, au hit-parade des sectes tueuses.

 

Le Goulag de Hubbard

 

le RPF : le «Rehabilitation Project Force»

 

On compte environ deux cents scientologues français à Copenhague. La secte réquisitionnant leur passeport, l'ambassade de France reçoit régulièrement la visite de scientologues ayant «perdu» leurs papiers. C'est aussi à Copenhague qu'on trouve le RPF, le «Réhabilitation Project Force». Autrement dit, le goulag de la scientologie.

 

On y «rééduque» les récalcitrants en «mauvaise condition éthique». Il peut s'agir des adeptes qui se plaignent de l'organisation ou qui ne récoltent pas assez d'argent avec les ventes de cours et de livres. Ces punis sont reclus dans une pièce délabrée et sans chauffage située au sous-sol d'un immeuble de la secte.

 

Marqués d'un brassard gris ou noir, selon le degré de «rééducation» nécessaire ils sont astreints aux tâches les plus ingrates. Pas le droit d'aller aux toilettes sans permission. Télévision et musique sont interdites. La communication se fait uniquement par écrit et seulement après autorisation préalable. Interdit de marcher, il faut courir en permanence.

 

Mais c'est pour leur bien, justifie la secte.

 


 

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